(755 mots dans le texte )
(lu: 2243 fois)
Pourquoi
le désir baisse-t-il après l’orgasme et pourquoi certaines personnes
sont-elles plus promptes à recommencer que d’autres ? Ce sont les
questions que s’est posée une équipe de chercheurs allemands. Ils ont
ainsi identifié qu’une hormone, la prolactine, bloquerait l’envie de sexe
après l’orgasme. Elle pourrait être impliquée dans les problèmes
d’absence totale de désir.
De
nombreuses hormones sont impliquées dans la montée du désir et le mécanisme
de l’orgasme. Une équipe allemande de l’Université de Essen, qui s’intéresse
fortement aux variations de la libido, aurait identifié l’hormone qui fait
baisser le désir après l’amour.
Secrétée
après l’orgasme
Dans une
première étude1, ces scientifiques ont étudié la période postérieure
à l’orgasme chez dix femmes. Ils ont ainsi projeté à celles-ci un film
pornographique et leur ont demandé de se masturber. Dans le même temps, ils
ont mesuré différents paramètres : les taux de plusieurs hormones, le
rythme cardiaque… Ils ont comparé les résultats à ceux obtenus chez un
groupe témoin de femmes à qui l’on avait projeté un documentaire.
Ils
ont ainsi observé une augmentation du rythme cardiaque et la montée de
plusieurs hormones, l’adrénaline notamment, durant l’orgasme. Mais
l’observation la plus surprenante est l’augmentation très forte de la
concentration en prolactine, une autre hormone, dans le sang après l’orgasme.
Ce taux doublait après l’extase et restait élevé pendant plus d’une
heure.
Une
hormone multifonction
La
prolactine est une hormone secrétée par une partie du cerveau appelée l'hypophyse.
On connaît déjà un grand nombre de ses effets, comme le précise le Docteur
Philip Haake, de l’Université d’Essen : « Comme son nom
l’indique, le premier effet connu de cette hormone est d’être pro-lactinogène.
Cela indique qu’elle stimule, chez la femme, la glande mammaire afin de
produire du lait. La prolactine a été mise en évidence chez de nombreux vertébrés
et on lui attribue plus de 200 fonctions différentes. Un grand nombre de ces
fonctions est lié aux comportements de reproduction ».
Selon les
chercheurs, la prolactine pourrait, dans ce cas, être responsable d’un
blocage du désir. Cette hormone interviendrait dans la régulation de
l’excitation, en entraînant une période réfractaire à toute stimulation
sexuelle après l’orgasme.
Inhibiteur
du désir
Dans une
seconde étude2, les chercheurs allemands ont observé de manière
plus précise les mécanismes d’excitation chez l’homme et la femme, cette
fois sans aller jusqu’à l’orgasme. Ils ont ainsi étudié neuf hommes et
neuf femmes. Là aussi, ils ont mesuré différents paramètres durant le
visionnage d’un film pornographique. Ils ont observé différents aspects :
augmentation de la pression sanguine, du rythme… En revanche, aucun changement
des taux d’adrénaline n’a été observé. De même, la concentration en
prolactine est restée basse durant cette période d’excitation, ce qui
conforterait son rôle d’inhibiteur du désir, à la fois chez l’homme et
chez la femme. Certes, on peut douter de l’excitation que provoque un film
pornographique, notamment chez la femme. Pourtant, le Dr Haake précise « notre
expérience a montré que les femmes sont plus ou moins excitées de la même
manière que les hommes et par le même type de vidéos, tant que leur contenu
n’est pas discriminant pour la gente féminine ».
Une
action sur une autre hormone, la dopamine
Pour
expliquer le mécanisme d’action de la prolactine sur la libido, le Dr Haake
évoque un lien avec une autre hormone, la dopamine : « La dopamine,
en tant que neurotransmetteur, joue un rôle important dans le système nerveux
central. En général, elle a un effet stimulant sur le comportement sexuel. Or
la prolactine est directement reliée au système dopaminergique. Notre idée
est que l’augmentation de prolactine […] diminue la libido, en agissant sur
le système dopaminergique ».
Régime
sans sexe
Pour préciser
ce rôle de la prolactine, les scientifiques parlent même de « satiété »
sexuelle, comme lors des repas : cette hormone signalerait au cerveau
qu’on n’a plus « faim » de sexe… Les bêtes de sexe, capables
de nombreux exploits durant toute la nuit, seraient-ils en fait des
boulimiques ? Faudrait-il les traiter avec des « coupe-faim »
à base de prolactine ?
Plus sérieusement,
le manque ou l’absence de désir pourrait être causé par un problème de sécrétion
de prolactine. « Nous savons depuis longtemps qu’une hypersécrétion de
prolactine chronique, induite par exemple par un adénome à prolactine ou
par un traitement aux neuroleptiques, entraîne une perte de libido chez
l’homme et la femme, ainsi qu’une aménorrhée chez la femme ». Un
inhibiteur de cette hormone leur ferait alors retrouver une vie sexuelle
satisfaisante. Bien sûr, ce type d’inhibiteur, s’il s’avère efficace,
risque d’être détourné de ses fonctions premières dans un but
aphrodisiaque. Les esprits les plus retors pensent déjà à un cocktail détonant
constitué d’inhibiteur de prolactine et de Viagra…
Alain
Sousa, le 22 août 2000