Notre espérance de vie
augmente et avec elle le risque de développer la maladie d’Alzheimer, qui touche
aujourd’hui 434 000 Français de plus de 65 ans. Avec le vieillissement de la
population, les experts prévoient que ce chiffre atteindra 600 000 à l’horizon
2020. Un siècle après la description du premier cas, que sait-on de cette
pathologie ? Quelles sont ses causes, ses symptômes et ses traitements ?
Medico fait le point et porte une attention particulière au dépistage et à
la prise en charge de la maladie.
Une maladie pas comme les autres
Avec le vieillissement de la population, la maladie d’Alzheimer va
devenir une priorité de santé publique. Le nombre de cas devrait selon les
estimations atteindre 497 000 dans 10 ans dont 127 800 hommes et 369 000 femmes.
Que sait-on de cette pathologie ? Medico fait le point sur les causes, son
évolution et les facteurs de risque identifiés.
Alzheimer : entre certitudes et
interrogations
Le 26 novembre 1901, Aloïs Alzheimer,
neurologue allemand, examine pour la première fois une femme de 51 ans qui
oublie son nom au fur et à mesure qu’elle l’écrit. C’est en 1906, que le Dr
Alzheimer décrira l’évolution de cette maladie particulière et inconnue
jusqu’alors qui sera bientôt associée à son nom. Un siècle plus tard, que sait-on
de cette affection ?
La maladie d’Alzheimer touche aujourd’hui en
France 434 000 personnes de plus de 65 ans. Le nombre de cas devrait selon les
estimations atteindre 497 000 dans 10 ans dont 127 800 hommes et 369 000 femmes.
Des symptômes et une évolution caractéristiques
La maladie d’Alzheimer représente plus de la
moitié des cas de démences, et près de 75 % des démences séniles.

Ses symptômes sont caractérisés par des pertes
de mémoire sur des faits récents, une disparition des repères dans le temps (alternance
jour-nuit) et dans l’espace, des difficultés à reconnaître les objets, des
troubles du langage puis de l’agressivité et de l’agitation.
On nomme parfois ces caractéristiques comme
les quatre A : amnésie, aphasie, agnosie et apraxie. La mémoire est en premier
lieu atteinte (amnésie), avec l’impossibilité pour le patient d’enregistrer de
nouveaux événements. Des troubles du langage apparaissent ensuite (aphasie) et
rendent la communication difficile. Le patient peut parfois se murer dans le
silence. La maladresse gestuelle (apraxie) s’accompagne de la perte de
sensations (agnosie). Le patient ne reconnaît plus son entourage. Dans un état
de profonde confusion mentale, il peut adopter des attitudes d’indifférence, de
mutisme ou d’agressivité. L’état grabataire est inévitable à terme.

Des premiers symptômes au décès, on peut
compter entre 3 et 20 ans, soit en moyenne une dizaine d’années.
Encore de nombreux points d’interrogation
Les causes et les mécanismes de la maladie
d’Alzheimer ne sont pas tous élucidés. On peut toutefois souligner qu’il ne
s’agit en rien d’un phénomène normal du vieillissement. C’est une véritable
pathologie chronique à évolution progressive. Les troubles occasionnés sont dus
à l’atteinte des neurones responsables de la mémoire.
La maladie est ainsi due à deux phénomènes
concomitants :
- L’accumulation anormale de la protéine tau au sein
des neurones. Normalement, elle permet d’organiser les réseaux neuronaux. A
partir d’un certain âge, elle a tendance à s’accumuler. Ce dysfonctionnement
naturel est rencontré chez la totalité des personnes de plus de 70 ans. Mais
en quantité excessive, elle peut perturber le fonctionnement des neurones et
entraîner leur destruction, appelée "dégénérescence neurofibrillaire" ;
- L’agrégation de peptides amyloïdes bêta ou Aß toxiques
présents en quantité anormale. Ces protéines sont en fait des fragment de
dégradation d’une protéine appelée APP. C’est l’accumulation anormale des Aß
toxiques qui entraîne la formation des plaques amyloïdes ou "plaques séniles"
visibles dans le cerveau des malades.
Pourquoi ces phénomènes apparaissent-ils chez
quelques personnes à partir d’un certain âge ? Les mécanismes constituent un
mystère que les chercheurs tentent d’élucider. Aujourd’hui, tous s’accordent à
attribuer à la maladie d’Alzheimer une origine multifactorielle. Des études
épidémiologiques ont permis de mettre à jour de nombreux facteurs de risques,
mais aucune cause bien identifiée.
David Bême
Alzheimer : les 10 facteurs de risques
Contrairement à d’autres affections, les
causes de la maladie d’Alzheimer sont difficiles à identifier. Aujourd’hui, les
experts s’accordent sur l’influence de plusieurs facteurs, comme pour de
nombreuses maladies chroniques. Medico passe en revue les 10 principaux
facteurs de risque et de protection.
Cliquez sur chaque facteur de risque pour
découvrir son influence sur la maladie d'Alzheimer.
1. L’âge et le sexe
L’âge est très certainement le facteur de
risque le plus évident. Le risque de développer la maladie augmente avec
l’âge. Selon les dernières estimations, le vieillissement de la population
fait aujourd’hui de la maladie d’Alzheimer une priorité de santé publique.
En France, on parle de 40 % de malades
parmi les personnes de plus de 90 ans et de 20 % pour les personnes entre 80
et 84 ans. En clair, dès 2005, la maladie d'Alzheimer touchera près de
660 000 individus.
En milliers de cas
|
Age |
65 |
70 |
75 |
80 |
85 |
90+ |
|
Hommes |
7,6 |
16,3 |
15,8 |
21 |
25,1 |
20,7 |
|
Femmes |
10,4 |
32,3 |
55,5 |
48,8 |
90,4 |
90,8 |
Nombre global de malades de 65 ans et plus : 434 700 cas
dont 106 500 hommes et 328 200 femmes
Estimation de la prévalence de la maladie
d’Alzheimer en 1999 par sexe et par âge en France - Pr J-F Dartigues (Unité
INSERM 330 - Forums Alzheimer Janvier 2001)
L’étude PAQUID1 réalisée en
France a montré une différence entre les hommes et les femmes. Cette
différence serait particulièrement marquée après 80 ans2.
L’influence du sexe reste cependant très controversée. Ces données peuvent
être liées aux différences d'espérance de vie et de pathologies associées,
différentes chez les deux sexes.
David Bême, le 16 septembre 2001
1 - L'étude PAQUID (Quid sur les Personnes
Agées), réalisée sous la direction du Professeur J.F. Dartigues et de Madame
P. Barberger-Gateau a pour objectif de décrire l'évolution du fonctionnement
cérébral après 65 ans, le nombre de démences séniles et en particulier de
maladies d'Alzheimer ainsi que leurs déterminants et leur évolution en
termes de dépendance et d'entrée en institution. C'est une cohorte de 4 134
personnes âgées de 65 ans et plus vivant à domicile ou en institution tirées
au sort dans les départements de la Gironde, dont la distribution d'âge de
la population est proche de celle de la France, et de la Dordogne qui est le
département dont l'âge moyen de la population est le plus élevé de France.
Le très bon taux de participation (70 %) permet d’extrapoler des résultats à
la France entière.
2 - J Neurol Neurosurg Psychiatry 1999 Feb;66(2):177-183
|
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2. Les facteurs génétiques et héréditaires
De nombreuses études ont démontré un
risque plus élevé d’être atteint si un parent est lui-même déjà touché. Dans
les formes familiales de la maladie, trois chromosomes ont été identifiés
comme porteurs de gènes impliqués dans le développement de la maladie : le
gène APP sur le chromosome 21, le gène PS1 sur le chromosome 14 et le gène
PS2 sur le chromosome 1. Il faut savoir que les formes héréditaires de la
maladie d’Alzheimer ne concernent que 0,3 % des malades.
Mais l’hérédité de la forme la plus
courante de la maladie (la forme sporadique qui représente plus de 90 % des
cas) reste encore aujourd’hui incertaine. On peut tout au plus, identifier
des "facteurs de risques génétiques". Au banc des principaux accusés : les
chromosomes 10 et 19. Sur ce dernier, l’équipe du Pr. Amouyel de l’INSERM a
mis en évidence le gène apoE qui contrôle la production d’une protéine
alipoprotéine E. Il existe sous trois formes ou allèles : e2, e3 et e4. Les
porteurs de l’allèle e4 sont les plus vulnérables :
- S’ils ont hérité deux allèles e4, ils
ont vingt fois plus de risques de développer la maladie, et quatre fois
plus s’ils n’en possèdent qu’un exemplaire. Les "doubles-porteurs" auront
également tendance à développer plus tôt la maladie que les personnes qui
n’ont hérité qu’un seul allèle e4. Les personnes porteuses d’un seul
allèle de ce type développent la maladie plus tôt que les personnes n’en
possédant pas.
Les personnes qui ont hérité de l’allèle
e2 sont plus protégés que ceux porteurs de l’allèle e3.
Le même allèle e4 serait également
impliqué dans la perte de poids caractéristique des personnes atteintes de
la maladie d’Alzheimer2.
Plus récemment, c’est le chromosome 10 qui
a été accusé de tous les maux. Tout d’abord, deux publications3,4
dans la revue Science identifient en décembre 2000 le chromosome 10 comme
porteur d’un gène de susceptibilité sans toutefois pouvoir l’identifier. En
juillet 2001, l’équipe du Pr. Zubenko5 identifie une petite zone
de ce même chromosome appelée D10S1423 qui lorsqu’il est combiné avec
l’allèle e4 du chromosome 19, multiplie par 16 le risque de développer la
maladie.
David Bême, le 16 septembre 2001
1 - Acta Neuropathol (Berl) 2001
May;101(5):518-524
2 - Neurology. 2001 Mar 13;56(5):655-9.
3 - Science. 2000 Dec 22;290(5500):2303-4.
4 - Science. 2000 Dec 22;290(5500):2304-5.
5 - Mol Psychiatry. 2001 Jul;6(4):413-9.
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3. Les traumatismes crâniens
Des études ont montré que des blessures à
la tête durant la jeunesse augmentent le risque de développer par la suite
la maladie d’Alzheimer. Les chercheurs se sont particulièrement intéressés
aux boxeurs victime de démence pugilistique.
Dans le cerveau de ces sportifs "saouls de
coups", les changements moléculaires observés sont identiques à ceux se
produisant chez les malades d’Alzheimer. Une récente étude*
témoigne de l’accumulation anormale de la protéine tau. Par extension, ces
résultats suggèrent que des blessures à la tête pourraient augmenter le
risque de développer la maladie d’Alzheimer à un âge plus avancé.
David Bême, le 16 septembre 2001
* Acta Neuropathol (Berl) 2001
May;101(5):518-524
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4. L’éducation, l’activité intellectuelle
et… l’optimisme
Le niveau d’éducation semble jouer un rôle
important dans le risque de survenue de la maladie d’Alzheimer. Les
personnes n’ayant pas poursuivi une longue scolarité (moins de six ans) ont
plus de risques d’être atteints. De la même manière, une scolarisation plus
importante aurait pour effet de retarder l’apparition des premiers troubles.
Une récente étude suédoise sur des jumeaux
dont l’un est malade a permis de souligner que l’implication intellectuelle
plus tôt dans la vie aurait une influence sur la survenue de la maladie.
Exploitant les données de la très large
enquête PAQUID, des chercheurs français ont également pu mettre en évidence
l’influence du niveau d’éducation2. En septembre 2001, les mêmes
scientifiques de l’INSERM soulignent que les occupations à l’âge adulte ne
semblent pas jouer un rôle déterminant contrairement à celles effectuées
durant l’enfance et l’adolescence3.
En suivant des nonnes pendant de
nombreuses années, des chercheurs américains4 ont même suggéré
que des traits de personnalité comme la sérénité et l’optimisme pourraient
avoir un effet protecteur.
David Bême, le 16 septembre 2001
1 - J Gerontol B Psychol Sci Soc Sci 2001
Sep;56(5):P292-P300
2 - J Neurol Neurosurg Psychiatry 1999 Feb;66(2):177-183
3 - J Neurol Neurosurg Psychiatry 2001 Sep;71(3):303-309
4 - Ann Neurol. 2001 Feb;49(2):202-13.
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5. Autres maladies
D’autres pathologies cognitives comme le
syndrome de Down ou la démence d’origine thyroïdienne entraînent des
détériorations de cellules neuronales semblables à la maladie d’Alzheimer.
Pourtant certaines de ces pathologies sont curables, d’où l’intérêt d’un
diagnostic exact.
Plus étonnant, les personnes souffrant
d’arthrite ont moins de risque de développer la maladie d’Alzheimer. Mais
plus que la maladie elle-même, il semblerait que l’emploi d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS)
pour soulager les symptômes soit le vrai responsable de cette protection.
Des études sont en cours pour évaluer le possible effet protecteur et
curatif de ces composés sur la maladie d’Alzheimer1,2.
David Bême, le 16 septembre 2001
1 - Prog Neuropsychopharmacol Biol
Psychiatry. 2001 Oct;25(7):1341-57.
2 - Lancet. 2001 Aug 11;358(9280):455-60.
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6. Les habitudes alimentaires
La consommation de soja aurait un effet
protecteur chez les femmes. Ce phénomène serait lié à la présence
d’isoflavones, sortes d’hormones féminines végétales. Un manque de certaines
vitamines du groupe B, notamment B 9 et B 12, aurait également un lien
direct avec le développement de cette maladie1. A l’inverse, un
excès d’aluminium pourrait être à l’origine des symptômes2. D’une
manière générale, l’équilibre alimentaire durant l’enfance et l’adolescence
pourrait jouer un rôle prépondérant dans l'apparition de cette affection3.
David Bême, le 16 septembre 2001
1 – Neurology, mai 2001, vol. 56.
2 - Brain Res Bull mai 2001 ; vol. 55 : p. 253-256 et p.257-267.
3 – Pediatrics, septembre 1998 ; vol. 102 : p. 602-9.
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7. L’hypertension et le cholestérol
Une récente étude finlandaise*
suggère que les personnes ayant une forte tension artérielle et/ou un taux
élevé de cholestérol ont plus de risques de développer la maladie
d’Alzheimer à un âge plus avancé. S’ils sont tous les deux présents, la
susceptibilité est d’autant plus importante.
De tels indicateurs avaient déjà été
reliés avec une augmentation du risque de maladies cardiovasculaires. Autant
de raisons pour surveiller votre alimentation et relire avec attention notre
dossier sur les
maladies cardiovasculaires.
David Bême, le 16 septembre 2001
* BMJ 2001;322:1447-1451 (16 Juin)
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8. Les oestrogènes et le traitement
hormonal substitutif
De nombreuses études semblent accorder au
traitement hormonal substitutif (THS) un effet protecteur contre la maladie
d’Alzheimer. Ces traitements sont administrés aux femmes pour minimiser les
effets indésirables de la ménopause. Mais d’autres ne lui accordent pas les
mêmes vertus. Qu’en conclure ? Une revue* des dernières études
sur le sujet estime que les données disponibles semblent confirmer l’effet
protecteur du THS mais que ces conclusions doivent être interprétées avec
précaution. La plupart des études peuvent en effet être l’objet de biais
méthodologiques. De plus amples essais cliniques seront nécessaires pour
apporter une réponse définitive.
David Bême, le 16 septembre 2001
* Int J Fertil Womens Med 2000
Jan;45(1):13-21
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9. L’aluminium
Le lien possible entre la consommation
d’aluminium et la maladie d’Alzheimer est encore l’objet de recherches1.
Des études animales ont permis de confirmer la neurotoxicité d’injections
d’aluminium. Les fortes concentrations d’aluminium dans les liquides
nécessaires au fonctionnement de reins artificiels ont été reliées à des cas
de démence2. Enfin, d’importantes concentrations cérébrales
d’aluminium ont été rapportées après autopsie du cerveau des malades.
Une étude française3 s’étendant
sur près de huit ans a identifié comme facteur de risque de fortes
concentrations en aluminium dans l’eau potable. Neuf des treize études
épidémiologiques sur le sujet arrivent aux mêmes conclusions et relient
directement la dose au risque de développement de la maladie d’Alzheimer4.
Faut-il pour autant jeter tous vos
ustensiles en aluminium ? Pas vraiment, car leur contribution à l’ingestion
d’aluminium reste minime.
David Bême, le 16 septembre 2001
1 - Dementia 1996 Jan;7(1):1-9
2 - Acta Neuropathol (Berl) 1997 Dec;94(6):612-616
3 - Am J Epidemiol 2000 Jul 1;152(1):59-66
4 - Brain Res Bull 2001 May 15;55(2):187-196
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10. Le tabagisme
Différentes études épidémiologiques
semblent attribuer au tabagisme un rôle protecteur vis-à-vis de la maladie
d’Alzheimer1. La nicotine pourrait agir sur la toxicité des bêta
amyloïdes. Néanmoins, ce rôle reste encore à éclaircir2.
David Bême, le 16 septembre 2001
1 - Eur J Neurol 2001 Mar;8(2):119-123
2 - Biol Psychiatry 2001 Feb 1;49(3):221-232
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Maladie d’Alzheimer : au cœur de la lutte
En mars 2000 déjà, l'Association
américaine de la maladie d'Alzheimer lançait un cri d'alarme : d'ici 2030,
le nombre de malades doublera si aucun remède n'est trouvé. Cette maladie
touche actuellement en France plus de 400 000 personnes. Face à un tel fléau,
la recherche s'engage notamment sur la voie d'un vaccin.
Avec le vieillissement de la génération du
baby-boom, la maladie d’Alzheimer devient une priorité de santé publique.
Aujourd’hui, quatre millions d’Américains et près de 400 000 Français sont
atteints de cette maladie. Ils seront 660 000 dans cinq ans.
Le
fléau menace les papy-boomers
Un Américain de plus de 65 ans sur dix et
un de plus de 85 ans sur deux sont atteints de cette forme de démence. En
2020, la génération des baby-boomers (issus de l'augmentation soudaine de la
natalité succédant à la seconde guerre mondiale) entrera dans sa phase à
risque. Ainsi, aux Etats-Unis, on devrait assister à une augmentation de
100 % du nombre des cas d’ici 2030, avec 8,7 millions de malades et à une
explosion de 350 % d’ici 2050 avec 14,3 millions de cas.
La maladie d'Alzheimer touche uniquement
le cerveau et provoque la dégénérescence des cellules nerveuses (neurones)
et en particulier celles impliquées dans la mémoire et les autres fonctions
intellectuelles. Elle est caractérisée par le développement progressif d'une
démence, inaugurée par les troubles de la mémoire puis par l'atteinte des
autres fonctions intellectuelles qui permettent d'agir, de savoir et de
penser.
On peut distinguer deux facteurs de
risques de cette maladie. Le premier, le plus évident, est l'âge. La plupart
des personnes atteintes ont plus de 70 ans, mais la maladie frappe parfois
avant 50 ans.
Le deuxième facteur de risque connu est
d'origine génétique : il s'agit du gène de l'apolipoprotéine E qui joue un
rôle dans la réparation neuronale.
"A moyen terme, nous espérons le
développement de médicaments de plus en plus performants qui permettront de
soigner les symptômes de la maladie. Il semble difficile d’imaginer, à moins
d’une spectaculaire avancée de la recherche, un moyen efficace de lutte
contre la mort neuronale avant dix ans. Le récent décryptage du
chromosome 21 laisse cependant espérer un traitement efficace contre une
forme très rare héréditaire de la maladie". déclare Mme Ollivet, Secrétaire
National de l’association France Alzheimer. Selon les derniers résultats,
les formes héréditaires de la maladie d’Alzheimer ne concerneraient que
0,3 % des malades.
Vers un traitement de la maladie…
Depuis quelques années, des médicaments
sont utilisés dans la maladie d'Alzheimer. Ces traitements sont
symptomatiques, permettant de ralentir la progression de la maladie. |
Ces médicaments n'en traitent pas les causes.
La maladie d'Alzheimer est liée à une diminution de l'acetylcholine (neuromédiateur
dont l'appauvrissement est constaté chez tous les malades Alzheimer). Plusieurs
médicaments dont le mode d'action est d'empêcher la diminution de ce
neuromédiateur (l'acétylcholine) sont déjà disponibles. Ils ont pour action de
bloquer l'acétylcholinestérase (enzyme qui dégradent naturellement
l'acétylcholine). Mais l’état des recherches sur l’origine de la maladie et la
mise au point d’un vaccin ont sérieusement avancé.
Suite à des résultats encourageants chez la
souris, des essais thérapeutiques ont été initiés chez l’homme aux Etats-Unis.
Selon André Delacourte, directeur de recherche à l’INSERM qui dirige un groupe
de recherche sur le Vieillissement Cérébral et la Dégénérescence du Neurone "le
vaccin constitue actuellement le plus gros espoir de traitement de la maladie".
Par ailleurs, une meilleure connaissance des
protéines à l’origine de la formation des plaques caractéristiques de la maladie
peut ouvrir de nouvelles voies pour la mise au point de thérapies.
Selon M. Delacourte, "les efforts de recherche
de ces deux dernières années ont permis de déterminer les mécanismes
responsables de la dégénérescence des cellules nerveuses. Aujourd’hui, on peut
considérer que la maladie d’Alzheimer est un fusil à deux coups : elle résulte
du dysfonctionnement de deux protéines, l’APP (Amyloid protein precursor) et la
protéine tau (dysfonctionnement naturellement induit par l’âge et rencontré chez
la totalité des personnes de plus de 70 ans). C’est la rencontre de ces deux
dysfonctionnements qui entraîne la pathologie : les plaques séniles et la
dégénérescence neurofibrillaire".
Au total, ces approches multidisciplinaires
permettent d’obtenir des résultats de plus en plus tangibles. Selon M.
Delacourte, "chaque équipe apporte sa pierre à la connaissance et la
compréhension de la maladie (physiopathologie) au niveau moléculaire, sans
savoir néanmoins le chemin qu’il reste à parcourir avant la mise au point d’un
médicament efficace contre la maladie". De leur côté, les associations de
malades estiment que nous sommes actuellement engagés dans une course contre la
montre, concernant des millions d’enfants du baby-boom sur lesquels planent la
menace de la maladie d’Alzheimer.
Alzheimer : une maladie pas comme les autres
Alzheimer ! Voilà un nom qui, depuis plus
d'une dizaine d'années, résonne à l'oreille de tous comme la maladie de tous les
dangers, de toutes les peurs. Comment expliquer un tel phénomène, alors que les
chiffres nous montrent que sa fréquence dans les âges courants de la vie est
somme toute très relative.
Peut-être
faut-il en chercher l'explication dans l'important vieillissement de notre
société qui, en moins d'un siècle, a vu doubler son espérance de vie. La
contrepartie est claire : les altérations cérébrales du vieillissement sont
apparues au grand jour. Ainsi, la maladie d'Alzheimer en a pris tous les
stigmates, car elle croît avec l'âge.
C'est la raison pour laquelle elle cristallise les angoisses autour d'un thème
qui touche chacun d'entre-nous.
Les fréquences d'apparition de la maladie sont de
:
- 5 à 7 % entre 65 et 79 ans ;
- 20 % chez les plus de 80 ans ;
- 32 % chez les plus de 90 ans
Des signes pas si anodins que cela !
Dans un premier temps, le malade est atteint
de troubles de la mémoire. Un oubli des événements récents, des noms familiers,
puis des faits anciens alertent le sujet ou l'un des membres de sa famille.
Progressivement, le malade perd la notion du temps et de l'espace ; le rythme
jour/nuit s'inverse. Très vite, il peine à s'exprimer, car les mots lui manquent
et ses phrases deviennent incohérentes.
Une évolution lente mais certaine
Progressivement, le déficit s'accentue et les
troubles concernent les déplacements, l'autonomie, les gestes de la vie
courante. Le malade se trompe de trajet, répète les mêmes histoires, n'arrive
plus à faire fonctionner les appareils ménagers, à compter son argent, etc.
L'évolution de la maladie est handicapante et peut éventuellement mettre la
personne en danger. Ainsi, oublis et pertes de mémoire, erreurs de la vie
quotidienne, coexistent avec des périodes de conscience.
C'est une situation très angoissante pour le
malade. L'anxiété est d'autant plus marquée que sa relation au monde est altérée
: la conversation devient laborieuse, car la personne oublie ce qu'elle veut
dire, est incapable d'évaluer les conséquences de ses actes et devient
impulsive. Une phase de dépression, d'indifférence ou de méfiance marquée peut
alors survenir. Plus la maladie évolue, plus les symptômes sont exacerbés. Le
malade peut également avoir des réactions de panique qui le conduisent à crier,
pleurer ou à devenir violent pour exprimer sa souffrance.
Un diagnostic d'élimination
Le diagnostic de maladie d'Alzheimer ne peut
pas être affirmé de façon formelle. Dans un premier temps, le praticien devra
distinguer la probable maladie d'Alzheimer des autres maladies, qui peuvent
provoquer les mêmes symptômes, et sont éventuellement curables. Le médecin
pourra donc réaliser de nombreux examens, en particulier un
électroencéphalogramme, un scanner et une analyse du liquide céphalorachidien
obtenu par ponction lombaire. Il fera également passer au malade des tests
particuliers, dits psychométriques, (dessins, reproductions de gestes, séquences
motrices) qui permettront de suivre l'évolution de la maladie.
Traitement médical et comportemental : des
progrès à accomplir
Depuis quelques années, des médicaments sont
utilisés pour lutter contre la maladie d'Alzheimer. Ils permettent d'améliorer
la qualité de vie du patient, de diminuer les symptômes de la maladie, parfois
de ralentir son évolution. Mais ils ne traitent pas ses causes, qui sont encore
mal connues. Il semble qu'un traitement précoce soit plus efficace. Il est donc
important d'évoquer suffisamment tôt le diagnostic de maladie d'Alzheimer.
De nouveaux médicaments capables non seulement
de freiner la maladie mais surtout de l'arrêter sont actuellement l'objet de
recherche. Dans tous les cas, la prise en charge psycho-comportementale, axée
sur la mémoire et sur la socialisation, est indispensable. Ces exercices se font
en collaboration avec le conjoint ou les proches, pour qu'ils puissent
poursuivre à domicile les exercices proposés.
La maladie d'Alzheimer nécessite des aides
multiples. Celles-ci peuvent venir de la famille dans un premier temps. Celle-ci
joue un rôle très important car c'est sur elle que repose la qualité de
l'environnement dont dépend le bien-être du malade. Par la suite, les
institutions spécialisées pourront mettre à la disposition de ces malades un
personnel compétent, sachant stimuler les capacités cognitives des malades et
faire face aux éventuelles crises. Enfin, il ne faut pas oublier l'importance
des associations qui informeront le plus complètement possible le malade et sa
famille.
Dr Jean de Présilly
Ce que vous devez absolument savoir sur la
maladie d'Alzheimer
A l'origine d'une dégénérescence de
certaines cellules nerveuses, la maladie d'Alzheimer altère le fonctionnement du
cerveau. Dans un premier temps, les malades éprouvent des difficultés à se
souvenir et à comprendre. Cette maladie rejaillit sur l'entourage. Lorsqu'un
proche en est atteint, il est parfois utile faire le point. Medico vous y
aide en huit étapes.
1
- Les soins médicaux entrant dans le cadre de la maladie d'Alzheimer sont
pris en charge à 100 % par la Sécurité sociale ;
2 - Toutes les associations
spécialisées vous aideront à mieux comprendre la maladie. Elles participeront
aux conseils de tous les jours que ceux-ci concernent la personne malade ou ses
proches ;
3 - Il existe actuellement 434 000 cas
recensés de maladie d’Alzheimer en France ;
4 - La maladie d’Alzheimer survient
après soixante ans, sauf de très rares cas de formes familiales qui débutent
plus tôt. Dans ces formes génétiques des tests de confirmation sont possibles ;
5 - L’anxiété ou la dépression qui
surviennent dans la maladie d’Alzheimer doivent être traitées médicalement.
Suivez scrupuleusement les conseils et l’ordonnance du médecin qui s’occupe du
malade ;
6 - Le traitement de la maladie
elle-même est nécessaire. Il permet de diminuer les signes de la maladie en
particulier les troubles de mémoire et d'améliorer la qualité de vie des
patients atteints. Cependant ils n'agissent pas sur la cause de la maladie. Les
médications actuelles donnent parfois des troubles digestifs (diarrhées,
vomissements). Parlez-en à votre médecin pour qu’il les change si nécessaire ;
7 - Le passage domicile-institution se
fait lorsque l’aidant n’est plus en mesure d’assurer son propre rôle, que la
sécurité du patient est en jeu ou que la totalité des soins ne peut plus se
faire à domicile. En moyenne il se fait pour 70 % des patients après sept ans
d'évolution de la maladie ;
8 - Les coordonnées de l’association France Alzheimer
sont : 21, Boulevard Montmartre. 75002 Paris. Téléphone : 01 42 97 52 41.
N’hésitez pas à consulter les bénévoles qui répondront à toutes vos demandes.
Dr Jean de Présilly
Maladies neurologiques : des affections très
diverses
Les affections qui touchent les cellules
nerveuses sont très variées dans leur mode d’expression et sont, pour certaines
d’entres elles, associées au vieillissement. Longtemps réputées incurables,
elles bénéficient depuis une dizaine d’années d’une gamme de nouveaux
traitements qui contribuent à améliorer la qualité de vie des malades.
Extrêmement nombreuses, les maladies affectant
des cellules nerveuses ou neurones demeurent, pour la plupart d’entre elles,
incomplètement comprises. En voici les plus fréquentes sans toutefois prétendre
à l’exhaustivité.
La maladie d’Alzheimer
La maladie d’Alzheimer représente aujourd’hui
dans les pays développés la principale cause de démence et de dépendance chez
les personnes âgées. En France, le nombre de personnes touchées se situe
vraisemblablement entre 300 000 et 400 000 et l’étude Paquid, qui a été réalisée
dans notre pays, a montré que 15 % des sujets de 85 ans environ sont concernés
par ce problème. Parce que son expression est favorisée par le vieillissement,
les experts craignent toutefois que 600 000 Français soient atteints à l’horizon
2020, ce qui constituerait un redoutable défi pour notre société en raison des
problèmes importants de prise en charge sociale et médicale que posent ces
patients.
La
maladie d’Alzheimer se différencie des autres affections du cerveau pouvant
entraîner une démence, des maladies d’origine vasculaire par exemple, par
l’existence d’altérations spécifiques des cellules cérébrales. Au début, la
maladie se manifeste par de simples troubles de mémoire portant essentiellement
sur les faits récents, mais peu à peu les capacités intellectuelles des patients
diminuent et ceux-ci éprouvent de plus en plus de difficultés pour communiquer
avec leur entourage ou pour effectuer des gestes courants de la vie quotidienne.
Les biologistes ont découvert, il y a quelques
années, que la dégénérescence puis la perte des neurones s’accompagne d’une
diminution des taux d’acétylcholine, un médiateur qui joue un rôle important
dans le fonctionnement cérébral, notamment dans le processus de mémorisation.
Des médicaments, capables de s’opposer à cette réduction graduelle de
l’acétylcholine cérébrale, sont donc aujourd’hui proposés pour retarder
l’évolution de la maladie, comme la tacrine, ou plus récemment le donézépil et
la rivastigmine, moins toxiques pour le foie...
Ces thérapeutiques possèdent une certaine
efficacité, à condition d’être prescrites suffisamment tôt. D’où la nécessité de
reconnaître les formes précoces de la maladie. Dans ce but, diverses
consultations de la mémoire ont été créées dans les centres hospitaliers
français. Grâce aux données de l’interrogatoire et à des tests psychométriques,
les médecins arrivent à prévoir avec une certaine fiabilité les sujets qui
risquent de développer par la suite une maladie d’Alzheimer et à les
différencier de personnes dont les troubles de mémoire sont en rapport avec une
autre maladie neurologique ou une simple tendance dépressive ou anxieuse.
Différents facteurs favorisants ont été mis en
évidence dans la genèse de la maladie d‘Alzheimer, tels des paramètres
génétiques, certaines formes particulières d’une lipoprotéine, l’apolipoprotéine E,
et comme vient de le confirmer une étude effectuée par l’équipe du
Pr Jean-François Dartigues (Université de Bordeaux) une trop forte teneur en
aluminium de l’eau du robinet.
Les progrès thérapeutiques restent modestes.
Cependant, la mise au point d’un vaccin expérimental dénommé provisoirement
AN-1792 a été annoncée en juillet 2001 par la firme Elan Pharmaceuticals, lors
du dernier congrès mondial sur la maladie d’Alzheimer. Ce vaccin qui a retardé
la progression de lésions cérébrales chez des souris présentant une forme proche
de la maladie humaine a été testé mondialement chez des patients. Mais début
2002, l'essai mondial portant sur 97 personnes a été arrêté suite à l'apparition
de quatre cas de méningites !
La maladie de Parkinson
La maladie de Parkinson représente la
troisième maladie neurologique après la migraine et la maladie d’Alzheimer, et
survient, en moyenne, vers la soixantaine. Les statistiques donnent à penser
qu’elle toucherait 100 000 personnes en France. Cette affection découle d’une
dégénérescence des neurones d’une petite zone du cerveau, le "locus niger", qui
est responsable du contrôle de la motricité des mouvements et fabrique
normalement un médiateur chimique, la dopamine. Chez les Parkinsoniens, la
dopamine n’est plus produite en quantité suffisante et, de ce fait, apparaissent
différents troubles neurologiques comme un tremblement des extrémités au repos,
une augmentation anormale du tonus musculaire et une rigidité des membres, une
lenteur et une diminution de l’activité physique. La marche est peu à peu
perturbée ; l’écriture déformée ; la mimique est figée, mais à l’inverse de la
maladie d’Alzheimer les fonctions intellectuelles sont en règle générales
conservées.
L’origine de la maladie de Parkinson demeure
inconnue, mais on sait que cette affection est plus répandue chez les boxeurs en
raison des microtraumatismes crâniens répétés que peut induire cette activité
sportive. Par ailleurs, certains toxiques en favorisent la survenue
(insecticides, oxyde de carbone) et une affection très proche de la maladie de
Parkinson a été décrite chez des toxicomanes américains qui avaient pris de
l’héroïne de mauvaise qualité. Ce syndrome constitue donc un modèle d’étude de
la maladie de Parkinson habituelle pour les neurologues.
Le traitement repose, en général, sur
l’administration de lévodopa qui se transforme en dopamine dans l’organisme ou
de médicaments mimant les effets de la dopamine. Il en existe aujourd’hui de
très nombreux, de mieux en mieux tolérés.
De plus en plus souvent, on réalise aussi dans
les cas graves des stimulations profondes du cerveau. Le principe consiste à
activer, grâce à l’implantation d’électrodes, des centres cérébraux, comme le
thalamus, qui ont pour rôle de bloquer l’apparition d’un tremblement mais qui
n’assurent plus cette fonction en raison du manque de dopamine. Toutefois, le
nombre de ces interventions demeure réduit car elles sont coûteuses et exigent
des moyens techniques et humains importants.
Des méthodes de chirurgie stéréotaxique
permettant de détruire électivement certaines zones cérébrales (thalamus,
pallidum...) peuvent aussi être proposées pour supprimer le tremblement ou la
rigidité corporelle. Enfin, des greffes de cellules de fœtus dans le cerveau
peuvent être effectuées car elles ont la capacité de sécréter de la dopamine.
Mais, cette méthode de traitement est très lourde et n’a, depuis ses débuts en
1980, été appliquée qu’à quelques centaines de patients dans le monde. Afin d’en
élargir le champ d’application, les médecins tentent aujourd’hui de remplacer
les cellules humaines par des cellules de porcs ou, même, de manipuler au
laboratoire des cellules embryonnaires pour leur faire fabriquer de la dopamine
avant de les réinjecter aux patients.
Sclérose en plaques, maladie de Huntington...
La longue liste des affections neuronales ne
s’aurait s’arrêter là.
La sclérose en plaques est une
affection de nature auto-immune, peut-être favorisée par des virus, qui est due
à une réaction anormale du système immunitaire contre la gaine de myéline
entourant les nerfs. Concernant 30 000 à 50 000 personnes en France, souvent
d’âge jeune, elle se traduit par des troubles très variés et d’intensité
différente d’un malade à l’autre, à type de fourmillements, de paralysie des
jambes, de diminution de la force, d’anomalies de la vision qui apparaissent
souvent par poussées en différentes régions du corps. A côté des formes sévères
de l’affection, il existe aussi fort heureusement des formes moins graves de
sclérose en plaques où les patients récupèrent toutes leurs facultés entre deux
épisodes. Les formes sévères bénéficient aujourd’hui de l’emploi d’une substance
agissant sur le système immunitaire, l’interféron, dont l’efficacité est
démontrée. Les mécanismes mis en jeu dans l’apparition de la maladie sont mieux
élucidés et de nombreuses thérapeutiques à visée immunologique sont
expérimentées dans le but d’éviter à l’organisme de réagir contre sa propre
myéline. Elles pourraient fournir une solution thérapeutique d’ici quelques
années et des anticorps sont déjà parvenus à prévenir les poussées de la maladie
dans des modèles animaux.
La Chorée de Huntington, qui se
manifeste par des mouvements anormaux du bras et du visage, a pour
particularité d’être d’origine génétique, ce qui offre la possibilité de
proposer un test à visée diagnostique à l’intérieur des familles atteintes.
Enfin, la sclérose latérale amyotrophique
ou maladie de Charcot, met en jeu une atteinte des neurones responsables de la
motricité. Elle se traduit par une diminution importante des capacités physiques
et, après un certain temps d’évolution, par une insuffisance respiratoire.
Dr Corinne Tutin
French Paradox et vitamines : le cocktail
anti-Alzheimer
Notre alimentation peut-elle prévenir
l’apparition de la maladie d’Alzheimer ? Différentes études ont évoqué cette
possibilité. Medico revient sur deux d’entre elles. Les aliments riches en
vitamines C et E ainsi que la consommation modérée d’alcool auraient des effets
bénéfiques.
Parce que les maladies vasculaires sont
associées à des formes de déclin mental et de démence, les auteurs ont voulu
savoir si l’alcool pouvait avoir un impact sur le risque de démence.
Nouvelle vertu du French Paradox !
Près
de 5 400 individus âgés d’au moins 55 ans ont été suivis pendant six ans en
moyenne. Durant cette période, 197 ont développé une forme de démence : 146 une
maladie d’Alzheimer, 29 des démences vasculaires et 22 d’autres formes. En
ajustant les résultats en fonction de l’âge, du sexe, de la pression artérielle,
du comportement tabagique et de l’indice de masse corporelle, les auteurs ont pu
isoler l’influence de la consommation d’alcool.
Résultats : un à trois verres d’alcool par
jour réduirait de plus de 40 % les risques de démence. L’étude PAQUID effectué
dans la région de Bordeaux avait attribué cette vertu au vin, mais les auteurs
néerlandais1 n’ont pas noté de relation entre le type de boisson et
la réduction du risque.
Selon eux, l’alcool agirait en réduisant les
facteurs de risques, soit en inhibant l’agrégation plaquettaire, soit en
altérant le profil lipidique sérique. La réduction du risque de démence
vasculaire particulièrement notée conforte cette hypothèse. Une seconde
possibilité est que l’alcool pourrait avoir un effet direct sur la cognition
grâce à la libération d’acétylcholine dans l’hippocampe, zone cérébrale
facilitant l’apprentissage et la mémoire. Cette enquête conforte la thèse d’une
origine vasculaire de certains types de démence, y compris la maladie
d’Alzheimer.
Encore un bienfait attribué à la consommation
légère d’alcool après la réduction du risque de maladies cardiovasculaires. Mais
attention, pas de raison pour autant de trop lever le coude, plus de trois
verres d’alcool par jour augmentent le risque de développer un cancer.
Plus de vitamines, moins d’Alzheimer !
Le fait de manger plus d’aliments riches en
vitamines C et E pourrait vous protéger contre la maladie d’Alzheimer. C’est la
conclusion de deux études publiées dans le prestigieux Journal of American
Medical Association2.
La première a suivi 5 400 personnes de plus de
55 ans sur six ans en moyenne. Parmi elles, 146 ont développé la maladie
d’Alzheimer sur cette période. Or les chercheurs ont noté que l’absorption
d’aliments riches en vitamines C et E était fortement corrélée avec une
diminution du risque, notamment chez les fumeurs.
Dans une autre étude portant sur 815 personnes
d’au moins 65 ans, les chercheurs ont souligné le rôle de la vitamine E.
Celle-ci diminuerait fortement le risque de développer une maladie d’Alzheimer.
Dans les deux cas, les propriétés
antioxydantes de ces substances seraient à l’origine de cet effet protecteur
pour nos neurones. Mais des études sont nécessaires pour confirmer le mécanisme.
En attendant, inutile de vous jeter sur les
compléments alimentaires à base de vitamines C et E : d’après la seconde étude,
ceux-ci n’ont pas d’influence sur le pronostic d’Alzheimer. Il vous reste donc à
suivre les recommandations du gouvernement : au moins cinq fruits et légumes par
jour, pour être sûr de faire le plein de vitamines !
David Bême et Alain Sousa
1 - The Lancet January 26, 2002, Vol. 359, pp.
281-286
2 - JAMA, juin 2002 ; vol. 287 : p. 3223-3229 et p. 3239-3237.
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